Cours de licence de droit :
science politique


Le cours se divise en plusieurs parties, vous pouvez soit le lire dans l'ordre logique, en avançant via la flèche de transition entre parties, soit aller directement à une partie qui vous intéresse en particulier, en utilisant le sommaire ci-dessous. Partager ce cours :



Préambule (ci-dessous)

• Introduction : la science politique comme science sociale

• Partie 1 : le pouvoir politique

Chapitre 1 : l'identification du pouvoir politique

--| Section 1 : pouvoir, domination et légitimité

--| Section 2 : l'exercice du pouvoir politique

Chapitre 2 : les formes du pouvoir politique

--| Section 1 : les systèmes démocratiques

--| Section 2 : les systèmes autoritaires

--| Section 3 : les systèmes totalitaires

• Partie 2 : les acteurs politiques

Chapitre 3 : les partis politiques

--| Section 1 : le phénomène partisan

--| Section 2 : les systèmes de partis

--| Section 3 : les partis politiques français

Chapitre 4 : les groupes d'intérêts

--| Section 1 : la notion de groupes d'intérêts

--| Section 2 : la typologie des groupes d'intérêts

--| Section 3 : les formes d'action des groupes d'intérêts

Chapitre 5 : les élites et les professionnels de la politique

--| Section 1 : la carrière politique

--| Section 2 : la sélection du personnel politique

Chapitre 6 : l'opinion publique

--| Section 1 : naissance et concept de l'opinion publique

--| Section 2 : les sondages, mesure de l'opinion

--| Section 3 : médias et politiques


• Partie 3 : les comportements politiques

Chapitre 7 : la participation politique

--| Section 1 : le mythe de la participation politique

--| Section 2 : les modalités de la participation politique

--| Section 3 : les mutations de la participation politique

--| Section 4 : la violence politique

Chapitre 8 : les comportements électoraux

--| Section 1 : élections et campagnes électorales

--| Section 2 : la mobilisation électorale

--| Section 3 : les modèles d'analyse du comportement électoral

Chapitre 9 : l'action publique

--| Section 1 : l'analyse classique des politiques publiques

--| Section 2 : les mutations de l'action publique

+ Éléments de décryptage des élections présidentielles 2012



Préambule


La science politique est une discipline récente, née en même temps que la construction d'autres sciences sociales (économie, sociologie, anthropologie). Elle a mis du temps à se constituer en tant que discipline scientifique autonome ; elle a dû s'affranchir d'autres disciplines traitant la politique (philosophie et droit notamment). Elle s'intéresse aux phénomènes de pouvoir. On y étudie les processus politiques, décisionnels, le pouvoir, les rapports de pouvoir entre les groupes / individus au sein de l'État. Elle étudie le fait politique, le système politique dans son ensemble.

Derrière la notion de « science », l’idée de mener une analyse scientifique, c’est-à-dire de prendre une certaine distance vis-à-vis de l'objet étudié, chose très importante en science politique. Faire de la science politique, c’est avoir une ambition d'observation et de systématisation pour établir des principes durables afin de comprendre la réalité. L’expression « sociologie politique » est aussi couramment utilisée et en est presque un synonyme.

Il est par ailleurs difficile de distinguer sociologie politique et science politique car toutes les deux ont la même démarche, le même objet. Toute approche sociologique de l'objet politique suppose de recueillir et d'établir des données statistiques, de réaliser des entretiens, des sondages, d'observer certaines pratiques / certains lieux où l'on étudie l'interaction des acteurs de ce jeu politique.

Le mot « politique » est difficile à cerner. Il vient du latin polis, c'est-à-dire ce qui concerne le gouvernement, mais il peut prendre 4 significations :
• Un espace symbolique de compétition entre des candidats à la représentation du peuple. C'est dans ce sens qu'on emploie l'expression « entrer en politique ». La sphère politique est l'espace formé par ses acteurs, c'est le « champ politique » (Bourdieu) ;
• Une activité spécialisée : on s'engage en politique. On y retrouve l'expression « faire de la politique » ;
• Une ligne de conduite : un enchaînement de prises de position, de séquences d'actions et de comportements, comme dans « politique gouvernementale » ;
• Notion de politique publique : désigne une activité délibérée, appliquée à un objet particulier, tel que la politique des transports, d'éducation nationale, de la santé, etc.

Il y a une certaine ambiguïté derrière ce mot. Aristote en a une vision noble : la politique est alors conçue comme l'art du commandement social ; elle permet à une société divisée de s'ordonner, d'agir en vue d'une fin supérieure satisfaisant l'intérêt général. Mais il existe d'autres interprétations, plus vulgaires : la politique est alors conçue comme une activité renvoyant à des jeux stériles, à des bavardages superflus, à des ambitions démesurées. Il y a à la fois des notions valorisantes et une dimension dévalorisante (compromission, basse trahison).

De façon large, les auteurs considèrent la politique comme omniprésente dans la société : les chansons populaires, l’éducation des enfants, etc. D'autres ont une perception plus restrictive : la politique est selon eux un segment particulier de la vie en société. La langue anglaise est plus riche que nous, elle a deux termes pour désigner la politique : « policy » pour désigner les actions gouvernementales, une politique particulière tandis que « politics » désigne les processus liés à la conquête et à l'exercice du pouvoir (stratégie politique, les difficultés rencontrées).

Il y a aussi une différence selon le genre : LA politique renvoie à la sphère où s'affrontent les individus pour la conquête et l'exercice du pouvoir ; mais le politique désigne l'ensemble des régulations unifiant, perdurant un espace social hétérogène conflictuel.

Il est difficile de cerner la politique car son champ évolue constamment. Les problèmes politiques évoluent selon les périodes. Exemple : sous la IIIe République, la décolonisation était au cœur du débat politique. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Autre exemple : l'émancipation des femmes et la protection de l'environnement ont longtemps été ignorés par les politiques ; aujourd'hui elles sont des objets de controverses politiques.

Faire de la science politique, c’est donc suivre une démarche spécifique pour analyser le pouvoir politique. La science politique délivre un discours savant sur les faits, les comportements tenus pour politique, considérés comme tels à un moment donné par une communauté d'individus. La science politique permet d'ordonner l'ensemble des faits politiques, d'établir leurs relations dans un système, de dégager des lois facilitant la compréhension des mécanismes observés. Faire de la science politique, c’est expliquer les phénomènes politiques, les institutions, les comportements des acteurs, les croyances, les représentations du réel des acteurs.

La science politique suit une démarche spécifique, qui distingue le discours du politiste d'autres discours tenus sur la politique. Le regard du chercheur en politique est à distinguer du regard des acteurs politiques, des philosophes politiques, des journalistes politiques. L'acteur politique a un discours politique orienté vers la justification de ses actes : il justifie son action pour mobiliser du soutien. Le philosophe politique a un discours privilégiant la question des valeurs : il porte un jugement de valeurs, il réfléchit, recherche le juste / le bien, son travail consiste à identifier / promouvoir des valeurs universelles. Le politiste s'interroger sur le fonctionnement du pouvoir sans rechercher pour autant le meilleur gouvernement. Le journaliste politique propose des interprétations sur les phénomènes politiques : tout discours médiatique sur le politique est un discours mettant en avant l'exigence d'informer le citoyen. Le journaliste politique rend compte de la réalité en cherchant à attirer et à retenir l'attention du public. Pour ce faire, il est amené à réduire la complexité de la réalité, à hiérarchiser les phénomènes selon qu'il les juge plus ou moins pertinents. Cette hiérarchisation n'est pas forcément réelle, elle reflète les préoccupations des professionnels de l'information ou les représentations qu'ils se font des préoccupations du public. En d'autres termes, journalistes et acteurs politiques insistent sur le conjoncturel, tandis que le politiste a une logique d'élucidation, il veut expliquer les processus politiques réels, effectifs. Le politiste doit cerner, décrire, expliquer la réalité, il permet aux citoyens d'avoir des outils permettant des réflexions autonomes.

Le droit oriente le comportement des acteurs : droit constitutionnel, administratif... Les règles juridiques sont à la fois une ressource et une contrainte pour l'acteur politique. Exemple : la Constitution sert de fondement mais est aussi une limite au pouvoir des gouvernants.

Ce cours s'efforcera d'associer trois types de démarches :
• Une démarche pluridisciplinaire : pour faire de la science politique, il faut nécessairement emprunter à l'histoire, à l'économie, à la sociologie, au droit constitutionnel, à la philosophie politique ;
• Une démarche comparatiste : pour dégager d'éventuelles structures universelles ;
• Une démarche pragmatique : multiplier les illustrations concrètes pour éviter les propos abstraits, même si une partie reste théorique.

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