Cours de licence de psychologie :
introduction générale à la psychologie du développement


Le cours se divise en plusieurs parties, vous pouvez soit le lire dans l'ordre logique, en avançant via la flèche de transition entre parties, soit aller directement à une partie qui vous intéresse en particulier, en utilisant le sommaire ci-dessous.


Chapitre 1 : introduction (ci-dessous)

Chapitre 2 : hérédité et milieu

Chapitre 3 : la grossesse et la naissance

Chapitre 4 : l'enfant de 0 à 18 mois

Chapitre 5 : l'enfant de 1 à 3 ans

Chapitre 6 : l'enfant de 3 à 5 ans

Chapitre 7 : la période de latence

Chapitre 8 : l'adolescence

Chapitre 9 : la vie adulte

Chapitre 10 : le vieillissement

Chapitre 11 : la notion de groupe élémentaire


Chapitre 1 : introduction

1-1 Cadre général de la psychologie et définition de la psychologie du développement


Si l'on veut définir la psychologie en fonction des différents domaines qu'elle aborde, on se trouve nécessairement conduit à prendre en considération des phénomènes qui sont apparemment très différents. En effet, la psychologie s'intéresse à la totalité des dimensions suivantes :

- La maîtrise du corps, la motricité ; ainsi elle étudiera son évolution et son développement de l'enfance à l'âge adulte.

- L'évolution de l'intelligence ; on se demandera pourquoi, par exemple, tous les enfants font pratiquement toujours les mêmes erreurs à un âge donné et parviennent également tous à résoudre les mêmes problèmes à un âge plus avancé. Avant 6 ou 7 ans, les enfants rencontrent un certain nombre de difficultés pour mettre en correspondance deux à deux des objets, l'équivalence n'étant envisagée que d'un point de vue optique et non numérique. Pour eux, une série sera équivalente à une autre à partir du moment où elle occupe un espace de grandeur équivalente. Vers 6 ou 7 ans l'opération sera effectuée avec plus de succès.

- La vie sexuelle et affective ; on s'intéressera alors aux relations de l'enfant avec ses parents, ses frères et sœurs, aux découvertes qu'il peut faire relativement à la différence des sexes et aux sensations que peuvent lui procurer certaines parties de son corps. Cette étude concernera également les transformations importantes vécues par l'adolescent ainsi que les différentes caractéristiques de l'âge adulte et de la vieillesse dans ce domaine.

- La relation entre l'inné et l'acquis : la question qui se pose ici est celle de savoir ce qui, dans la personnalité d'un individu, résulte de sa nature ou a été transmis par l'hérédité et ce qui provient de l'influence de l'environnement ou de l'éducation.

- L'influence des groupes sur l'individu ; ce domaine est plutôt celui de la psychosociologie, on cherchera à comprendre alors comment le comportement ou l'opinion d'un individu pourront être modifiés par leur environnement social immédiat.

Toutes ces questions, parce qu'elles concernent des aspects de la conduite et du comportement humain, relèvent d'une même discipline : la psychologie. Initialement, la psychologie se définit comme la science de l'âme ou de l'esprit, en effet, étymologiquement le terme vient du grec et se décompose en psyche (âme ou esprit) et logos (langage, raison, science, discours ordonné). Cette étymologie comporte donc un contenu métaphysique implicite dans la mesure où elle suppose l'existence d'un principe ou d'une substance qui différerait du corps, d'une réalité immatérielle qui déterminerait le comportement humain. La psychologie scientifique ne se situe pas sur ce terrain, qui est celui de la philosophie, même si elle pose certains problèmes philosophiques, par exemple celui du rapport entre la notion métaphysique d'âme et celle qui se veut plus scientifique de psychisme.

La psychologie scientifique va se définir de façon négative (c'est-à-dire par ce qu'elle n'est pas), elle va étudier dans le comportement humain tout ce qui ne relève pas d'une explication purement physiologique. Son travail va donc, comme c'est le cas dans toute entreprise scientifique, se fonder principalement sur l'observation et s'orienter dans deux directions complémentaires ; d'une part, répondre à un souci de connaissance pure et, d'autre part, mettre en place des techniques et moyens efficaces dans le domaine de l'éducation et dans celui de la thérapie concernant les différents troubles du comportement pouvant affecter un sujet. Nous aborderons principalement dans le cadre de ce cours les différentes étapes de l'évolution psychologique de l'être humain sans aborder en détail le domaine de la psychopathologie, qui dépasse de loin le cadre d'une initiation.

La psychologie du développement a pour objet l'analyse des changements développementaux et l'étude des multiples facteurs (et de leur interaction) intervenant sur l'évolution. Bien qu'elle soit centrée sur la période qui va de la naissance à l'adolescence (la psychologie de l'enfant), elle ne se restreint pas aux changements qui se produisent pendant cette période mais s'intéresse à l'ensemble des changements qui se produisent dès la conception jusqu'à la fin de la vie. Enfin, elle intègre de plus en plus le développement des enfants porteurs de handicaps dont l'étude vient enrichir les modèles généraux du développement.

1-2 Les différents courants de la psychologie au 20e siècle


Parmi les différents courants de la psychologie moderne, nous retiendrons les trois principaux :
- La psychanalyse
- Le béhaviorisme
- La psychologie cognitive de Jean Piaget

1-2-1 La psychanalyse

Cette théorie, élaborée par Sigmund Freud au début du siècle passé, affirme l'existence d'un inconscient psychologique pouvant déterminer tout ou partie de notre personnalité et de notre comportement. Elle a permis la mise au point d'une thérapie des névroses, des troubles de l'équilibre psychique et de l'affectivité.

1-2-1-1 L'élaboration du concept d'inconscient

C'est tout d'abord en s'attaquant, avec un autre médecin (Josef Breuer), au traitement de l'hystérie que Freud va commencer à envisager l'hypothèse d'une cause inconsciente aux troubles psychologiques. Pour résumer très brièvement, on peut dire que les cas d'hystérie traités par Freud se caractérisaient le plus souvent par des troubles fonctionnels de certaines parties du corps sans qu'aucune lésion organique ne soit constatée. Exemple : un patient souffrait sans raison apparente de la paralysie d'un membre. Selon Freud, l'explication de ce type de trouble était la suivante : des souvenirs pénibles seraient chassés de la conscience et se manifesteraient de façon déguisée à celle-ci sous forme de symptômes.

1-2-1-2 Comment définir l'inconscient ?

Freud va s'apercevoir que la personnalité de ses patients est comme scindée, comme en conflit avec elle-même. Consciemment, le patient déclare vouloir guérir et pourtant tout se passe comme s'il se comportait en vue d'obtenir le résultat opposé. Freud constate une résistance à la guérison pour empêcher le souvenir de réapparaître ; la force qui a provoqué l'oubli est toujours présente. L'inconscient se définit comme le siège des désirs et des souvenirs refoulés et oppose une résistance à leur réapparition consciente.

1-2-1-3 La signification du refoulement

Pourquoi certains souvenirs sont-ils refoulés ? A la suite de son expérience thérapeutique, Freud constate que le refoulement est un moyen de défense par lequel le sujet évite (ou croit éviter) certains dangers dus à des conflits internes à la personnalité, conflits entre certains désirs profonds et certaines aspirations morales. La personnalité est divisée et, pour conserver son intégrité, refoule la partie d'elle-même la plus en contradiction avec sa dignité personnelle dans l'inconscient. Mais le refoulement est en fait une fausse solution car les désirs inconscients - parce qu'ils sont des désirs - vont toujours chercher à se manifester, ce qui entraînera des conflits internes au psychisme. Le désir ne pouvant se manifester consciemment se manifeste sous forme de symptômes. La psychanalyse en tant que thérapeutique va donc se donner pour mission d'aller rechercher, de faire ressurgir à la conscience les souvenirs, les désirs refoulés afin de résoudre ces conflits. Toute analyse est donc un voyage dans le passé, ce qui explique l'importance déterminante de l'enfance pour la psychanalyse.

1-2-1-4 Le retour à l'enfance

La mission de l'analyste dans le cadre de la cure est de laisser parler le patient et de l'écouter, la libre parole entrecoupée de silences, d'hésitations (résistance), de lapsus, permet aux éléments inconscients sources de troubles d'apparaître progressivement à la conscience. Le plus souvent, ces discours font référence de façon plus ou moins précise à la sexualité, ce qui va conduire Freud à la découverte du complexe d'Œdipe. C'est en référence à la tragédie « Œdipe roi » de Sophocle que Freud a baptisé ainsi ce phénomène. Le complexe d'Œdipe correspond à l'expression d'une expérience que nous avons tous vécu selon l'hypothèse émise par Freud et selon laquelle il y aurait une sexualité infantile qui se manifesterait par le désir du parent de sexe opposé et la haine du parent de même sexe ; mais cette sexualité ne se manifeste pas de la même façon que la sexualité adulte.

Chez l'adulte, la pulsion sexuelle s'organise principalement autour de la zone génitale en vue de l'acte sexuel derrière lequel se profile toujours plus ou moins la fonction de reproduction (il faut cependant distinguer très nettement chez l'homme entre la pulsion sexuelle et l'instinct de reproduction). En revanche, chez l'enfant la pulsion sexuelle (libido) s'organise autour d'autres zones du corps (zones érogènes) qui sont notamment la bouche, l'anus, l'urètre et l'épiderme, dans le but de procurer un plaisir sensuel (lien étroit entre sensualité et sexualité ; chez l'enfant privé de langage, tout passe par le corps, principalement l'affectivité). Freud va donc qualifier de « perverse » la sexualité infantile dans la mesure où elle détourne certaines parties du corps de leurs fonctions premières pour les orienter vers une jouissance de nature sexuelle. L'enfant va donc vivre différentes périodes au cours desquelles sa sexualité va s'organiser autour d'une zone érogène privilégiée.

1-2-1-5 Les stades de la sexualité selon la psychanalyse

Le premier stade par lequel passe l'enfant est celui de la sexualité orale (première année de la vie). C'est le plaisir du suçotement. Cette activité rythmique, séparée du besoin de nutrition, procure à l'enfant ses premières jouissances. Assez rapidement se manifeste aussi le plaisir de mordre, manière pour l'enfant de satisfaire son désir de s'approprier cet aimé et tout puissant objet qu'est le sein maternel.

Le deuxième stade est celui de la sexualité sadico-anale (deuxième et troisième années de la vie). Ce sont les plaisirs coprophiles de l'enfance, ceux qui ont un rapport aux excréments, c'est aussi la jouissance liée à l'usage des sphincters anaux (défécation, rétention). L'enfant éprouve alors un sentiment d'emprise, de toute puissance sur ses fèces qu'il peut retenir ou libérer.

Le troisième stade est atteint lorsque la sexualité infantile culmine avec le stade phallique (entre trois et cinq ans). L'enfant découvre son corps, s'y intéresse. Le plaisir est alors lié aux organes génitaux (onanisme). C'est aussi le plaisir de faire souffrir (sadisme) avec son opposé passif (masochisme) ou encore le plaisir de voir et celui d'exhiber. L'enfant prend aussi le parent de sexe opposé comme objet de désir et entre en rivalité avec celui du même sexe. Son monde est alors structuré par une polarité absolue ; d'un côté, ceux qui ont le phallus, de l'autre, ceux qui ne l'ont pas, les castrés. Le petit garçon, qui se pose en rival du père, redoute la castration. La petite fille, déçue par la mère qui ne lui a pas donné le phallus, va, dans le meilleur des cas, se tourner vers le père.

Le quatrième stade correspond à une période de latence, de refoulement, de mise en sommeil de l'activité sexuelle. La honte, le dégoût apparaissent et « s'établissent en gardiennes pour contenir ce qui a été refoulé », c'est la formation de la personnalité morale par intériorisation des interdits parentaux et sociaux.

Le cinquième stade : à la puberté la sexualité se manifeste à nouveau mais elle trouve dans les réactions et les résistances qui se sont établies précédemment des digues qui l'obligent à suivre la voie dite normale, celle de la sexualité génitale. Recherche d'un objet d'amour à l'extérieur du milieu familial.

1-2-1-6 L'influence de l'enfance sur la personnalité adulte

Tout au long de ce parcours se développe et se structure la personnalité du sujet, celle-ci sera affectée plus ou moins gravement si des « accidents » jalonnent ce cheminement. Si au cours de l'enfance le sujet est victime de traumatisme (carence affective, jalousie résultant de la naissance d'un frère ou d'une sœur, violence, etc.), la frustration de certains désirs pourra entraîner à l'âge adulte une régression vers les stades de l'enfance, des fixations infantiles pourront rompre ou détourner le refoulement (il reste toujours quelque chose de la sexualité infantile dans la sexualité adulte). Risque de troubles pathologiques (déviance, névrose). Des désirs mal refoulés apparaissent sous une forme déguisée. S'il n'y a pas de désirs mal refoulés durant l'enfance, il ne peut y avoir de troubles graves. Freud voit d'ailleurs dans le complexe d'Œdipe, le noyau de toute névrose.

1-2-1-7 Le statut psychologique de l'inconscient

Un problème se pose en effet en ce qui concerne le statut de l'inconscient dans le psychisme. Le terme « d'inconscient psychologique » est d'ailleurs lui-même problématique dans la mesure où il désigne une instance active du psychisme séparée de la conscience tout en étant en relation avec elle, mais ayant une activité autonome. Définir cette instance négativement par rapport à la conscience, n'est-ce pas produire une impropriété de vocabulaire ? N'est-ce pas forger un terme au contenu vague et imprécis ? Face à ces risques d'imprécision et d'indétermination, plusieurs descriptions et définitions de l'inconscient ont été données par Freud. Pour expliquer les rapports entre l'inconscient et la conscience ainsi que le rôle des différentes instances qui les traversent, Freud va avoir recours à deux topiques (pour obtenir une définition plus positive de l'inconscient). Le mot topique vient du grec topos qui signifie « lieu » - ce terme est à prendre dans un sens métaphorique, il ne s'agit pas ici d'indiquer un quelconque lieu dans l'espace, comme par exemple des zones du cerveau, il s'agit simplement d'une représentation schématisée des différentes instances constituant le psychisme.


1-2-1-8 La première topique

L'affirmation de l'existence de l'inconscient conduit Freud à envisager le psychisme comme un appareil composé de plusieurs parties. Ainsi on distinguera l'inconscient et la conscience, mais pour plus de précision on intercalera entre les deux le préconscient, qui se définit comme une partie de l'appareil psychique distincte du système inconscient et dont les contenus, sans être présents dans le champ actuel de la conscience, peuvent en droit accéder à la conscience. La définition qu'en donne Freud est la suivante : « De la partie d'inconscient qui tantôt reste inconsciente, tantôt devient consciente, nous dirons qu'elle est "capable de devenir consciente" et nous lui donnerons le nom de préconscient » (Freud, Abrégé de psychanalyse). Cependant, s'il est composé de trois parties, l'appareil psychique se divise en fait en deux systèmes radicalement distincts : l'inconscient (ICS) d'un côté et le préconscient-conscient (PCS-CS) de l'autre.

Rôle et contenu de ces différentes instances :

L'inconscient est constitué de contenus refoulés n'ayant pu accéder au système préconscient-conscient, ces contenus sont des représentations refoulées de pulsions souvent sexuelles ou agressives.

La pulsion est une poussée qui a sa source dans une excitation corporelle et dont le but est de supprimer l'état de tension qui règne à la source pulsionnelle. Une pulsion se compose des 3 éléments suivants : la source (l'excitation), le but (mettre fin à l'état de tension) et l'objet (ce qui permet d'atteindre le but). Freud en donne la définition suivante : « Le concept de pulsion nous apparaît comme concept limite entre le psychique et le somatique, comme le représentant psychique des excitations, issues de l'intérieur du corps et parvenant au psychisme, comme une mesure de l'exigence de travail qui est imposée au psychique en raison de sa liaison au corporel » (Freud, Métapsychologie). Ce qui est refoulé n'est donc pas tant la pulsion en elle-même, qui en tant que puissance organique et somatique ne peut jamais devenir consciente en tant que telle, mais sa « représentation psychique », c'est-à-dire des pensées, des images, des souvenirs sur lesquels se fixent les pulsions.

Le refoulement : lorsque les représentations correspondant aux pulsions sont de nature à transgresser les interdits culturels (sociaux, familiaux, moraux), il y a censure, censure qui se définit comme « fonction qui interdit aux désirs inconscients et aux formations qui en dérivent l'accès au système préconscient-conscient » (Laplanche et Pontalis, Vocabulaire de psychanalyse). Mais les pulsions étant toujours chargées d'une énergie les poussant à se satisfaire vont tenter d'y parvenir de façon détournée (acte manqué, rêve, symptôme). Ainsi l'inconscient se définit comme le siège du refoulé, il a sa propre « logique » ignorant la contradiction et la temporalité (il peut à la fois aimer et haïr et le passé y reste présent), il ignore la réalité extérieure et n'est régulé que par le principe de plaisir.

A l'opposé, le système préconscient-conscient est constitué par les 3 éléments suivants : la vigilance de la pensée logique, la soumission à la temporalité, le respect du principe de réalité.

Pour autant, la première topique n'explique pas pourquoi il y a refoulement et censure, c'est pourquoi en 1923 Freud propose une seconde topique complétant la première.

1-2-1-9 La seconde topique

La seconde topique correspond au triptyque ça - moi - surmoi.

- Le ça : constituant original du psychisme dont le contenu est essentiellement pulsionnel et concerne aussi bien les exigences somatiques essentielles (faim, soif) que l'agressivité et les désirs sexuels. En tant qu'elle s'enracine dans le somatique, cette instance est entièrement inconsciente. N'accèdent à la conscience que des représentations secondaires de certaines pulsions.

- Le moi : volonté, pensée et conscience principalement, n'est inconsciente dans le moi que la partie périphérique proche du ça et qui refoule ou adapte les pulsions en fonction du principe de réalité auquel le moi est soumis.

- Le surmoi : le moi n'a pas seulement à se défendre contre le ça, il doit aussi se soumetttre aux exigences du surmoi qui se constitue au cours de la période œdipienne et correspond à l'intériorisation inconsciente et préconciente de tous les interdits parentaux, sociaux, de toutes les forces répressives que le sujet a rencontré au cours de son développement. « Le surmoi est ce qui représente pour nous toutes les limitations morales, l'avocat de l'aspiration au perfectionnement, bref, ce qui nous est devenu psychologiquement tangible dans ce qu'on tient pour supérieur dans la vie humaine » (Freud, Introduction à la psychanalyse).

Le moi est donc tiraillé entre les pulsions du ça et les exigences du surmoi avec lesquelles il doit transiger inconsciemment pour s'adapter à la réalité. Ainsi s'expliquent censure et refoulement. Le moi est soumis au surmoi (la censure) et pour se défendre contre le ça (opposé au surmoi), il refoule certains désirs qui chercheront à contourner la barrière de la censure. Tout se passe comme si à l'intérieur du psychisme il y avait un conflit entre différents acteurs. Tels sont donc les grands principes de la psychanalyse auxquels nous aurons de nombreuses occasions de nous référer dans les chapitres qui suivent.

1-2-2 Le béhaviorisme

Nous allons passer un peu plus vite sur la théorie béhavioriste dans la mesure où celle-ci est moins utilisée. En voici les grandes lignes. Pour la psychologie béhavioriste, fondée par John Broadus Watson aux États-Unis en 1913, il faut écarter tout recours explicatif à la vie intérieure, à la conscience, aux prédispositions, pour étudier scientifiquement le comportement des organismes vivants et leurs relations avec l'environnement. L'apprentissage dans le monde animal offre un terrain de recherche privilégié puisqu'il se prête bien à l'expérimentation. Ainsi, certains chercheurs étudient le comportement des rats dans des dispositifs spéciaux où l'obtention de nourriture dépend d'une pression sur un levier en fonction de certaines incitations. En associant la récompense à une réponse spécifique, on renforce l'association stimulus-réponse. On explique donc tous les processus d'apprentissage par le conditionnement. Sur ces bases et en variant les conditions d'expérience et les animaux testés, on a tenté de dégager les formes et les lois de l'apprentissage. Il est significatif à cet égard que le béhaviorisme prétende transposer ces lois du monde animal au monde humain.

La forme élémentaire d'apprentissage est l'accoutumance ou la disparition d'une réaction par sa répétition, puis viennent les différentes formes de conditionnement, de type classique ou opérant, lorsque des techniques de renforcement entrent en jeu (pour les problèmes de labyrinthe, par exemple, ou dans la plupart des dressages). Le béhaviorisme interprète donc tout comportement (humain ou animal) en termes de couple « stimulus-réaction ». Le stimulus est ce qui provient de l'extérieur de l'organisme et la réaction ce que cet organisme produit après avoir été affecté par ce stimulus. Watson ne s'intéresse qu'à ces deux concepts et laisse de côté tout ce qui se passe entre les deux dans le psychisme du sujet. La transposition des résultats acquis par l'observation des animaux sur le plan humain et l'analyse de tout comportement en termes de stimulus-réponse font la force du béhaviorisme comme psychologie scientifique, mais elles trahissent également ses points faibles : peut-on en effet réellement expliquer tout apprentissage par le conditionnement ?

1-2-3 La psychologie cognitive de Jean Piaget

La psychologie cognitive étudie l'ensemble des fonctions cognitives : la perception, l'attention, la mémoire, le langage et les activités intellectuelles. Contre le béhaviorisme, qui avait éliminé les phénomènes mentaux du champ d'étude de la psychologie pour ne considérer que les seuls comportements, la psychologie cognitive rétablit l'esprit au centre de ses préoccupations.

1-2-3-1 Les travaux de Piaget

Piaget, psychologue et pédagogue suisse (Neuchâtel 1896 - Genève 1980), qui passe le plus souvent pour un spécialiste de la psychologie de l'enfant, récuse ce terme, opposant à la psychologie de l'enfant (« qui étudie l'enfant pour lui-même ») la « psychologie génétique ", qui « cherche, dans l'étude de l'enfant, la solution de problèmes généraux, tel celui du mécanisme de l'intelligence, de la perception, etc. ».

1-2-3-2 L'évolution psychologique de l'enfant

Pour Piaget, l'intelligence de l'enfant se développe en plusieurs stades (4). Le premier, le stade « sensori-moteur », va de la naissance jusqu'à dix-huit mois ou deux ans : le bébé apprend à connaître le monde par les objets qu'il utilise. Vers deux ans, l'enfant passe au stade « préopératoire » : il peut se représenter certains actes sans les accomplir ; c'est la période du jeu symbolique, qui correspond à l'acquisition du langage (voir La représentation du monde chez l'enfant, 1926, et La construction du réel chez l'enfant, 1937). Vers sept ou huit ans, l'enfant entre dans la période des « opérations concrètes » : il se socialise, notamment sous l'influence de l'école. Enfin, vers onze ou douze ans, il atteint le stade des « opérations formelles », celui de l'abstraction.

Ce schéma-type varie, bien entendu, selon les individus. Chacun construit son intelligence - donnée par l'hérédité comme potentialité - selon un rythme et une durée qui lui sont propres (La naissance de l'intelligence chez l'enfant, 1936). Cette conception a des conséquences sur le plan pédagogique : l'enfant ne peut apprendre que s'il est apte à construire les schémas lui permettant d'assimiler les connaissances qu'on veut lui transmettre. L'enseignement doit donc être adapté aux différents stades de développement de l'enfant, et différencié, puisque ce développement se produit à un rythme et selon une durée variables pour chaque individu.

1-3 Conclusion


Telles sont dans leurs grandes lignes les principales théories de la psychologie qui ont marqué le 20e siècle et auxquelles nous ferons référence dans le cadre des chapitres qui vont suivre et qui traiteront du développement psychologique de l'être humain.



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